Ce qui nourrit ma peinture : réflexions sur ma démarche artistique

Dernière mise à jour : il y a 14 heures
Je me demande parfois d'où viennent les formes et les couleurs qui apparaissent dans mes peintures. Je ne travaille pas d'après des modèles et je ne cherche pas à représenter des images précises. Pourtant, je sais que tout ce que j'ai regardé, aimé et découvert au fil des années participe, d'une manière ou d'une autre, à ce que je peins aujourd'hui.
J'avais envie de revenir sur quelques-unes de ces influences, sur la manière dont elles ont façonné mon regard et sur les recherches qui accompagnent aujourd'hui mon travail de peintre.
L'Art nouveau et l'École de Nancy : des influences anciennes
Mon rapport à l'Art nouveau et à l'École de Nancy s'est construit au fil de mes études d'histoire de l'art, puis de mes années comme guide-conférencière à Nancy.
Pendant plus de dix ans, j'ai étudié et présenté ce mouvement, notamment au Musée de l'École de Nancy et à la Villa Majorelle. J'ai passé des années à observer les œuvres, à étudier l'architecture, le mobilier et les arts décoratifs, à explorer les archives et les fonds d'artistes.
Cette immersion a façonné mon regard, mais elle a surtout renforcé mon plaisir de découvrir les œuvres, de comprendre comment elles ont été pensées et réalisées, et de m'intéresser à celles et ceux qui les ont créées.
Cette influence était particulièrement perceptible dans mes premières peintures sur papier. Les contours noirs qui délimitaient mes formes évoquaient le sertissage des vitraux. Le motif de l'ombellifère y était presque omniprésent, avec ses ramifications et ses silhouettes caractéristiques.

D'autres compositions, construites en aplats de couleurs et traversées de silhouettes de montagnes, pouvaient rappeler les estampes japonaises.

Depuis, mon travail a évolué vers des compositions plus abstraites. J'ai cherché à m'éloigner de certains motifs devenus trop familiers, à découvrir de nouvelles formes et à faire évoluer mon langage pictural.
Mais ces références anciennes ne disparaissent jamais complètement.
Il m'arrive, par exemple, de penser à certaines peintures de Victor Prouvé lorsque je travaille sur mes acryliques récentes. Ces rapprochements surgissent spontanément, au détour d'une couleur ou d'une composition, puis laissent place à d'autres recherches.

Je porte également un intérêt particulier à la peinture de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, notamment à Bonnard, Vuillard et Monet, ainsi qu'aux recherches des Nabis et des fauves.
J'aime aussi beaucoup l'œuvre de Friedensreich Hundertwasser, particulièrement son travail de composition, ses couleurs et le lien qu'il établit entre la nature et l'architecture.
Toutes ces images que je garde en mémoire
Les œuvres d'art ne sont pourtant qu'une partie de ce qui nourrit mon regard.
Je peux m'attarder sur un tableau dans un musée pendant de longues minutes, puis éprouver la même curiosité pour un intérieur, les objets et les bibelots qui l'habitent, une plante, un tissu, une association de couleurs inattendue ou les détails d'une façade.
Je me souviens, par exemple, de ces ombres géométriques projetées sur le sol d'un espace de jeux et de sport aménagé sur le toit d'un parking à Copenhague. J'avais aimé le contraste des couleurs, les lignes et les ombres dessinées par la lumière.

Je garde également un souvenir très précis d'une promenade dans le jardin botanique de Budapest. J'avais adoré cet endroit, cette profusion de plantes aux feuillages si différents, qui s'entremêlaient et débordaient de leurs pots. Les nuances de vert, les pots en terre cuite, les murs abîmés à l'intérieur des bâtiments… J'avais trouvé ce mélange de végétation, de couleurs et de matières particulièrement inspirant.

Mes voyages, mes lectures, les films que je regarde et les rencontres que je fais participent tout autant à cette accumulation d'images et d'impressions.
Je peux être aussi sensible à une peinture découverte dans un musée qu'à une association de couleurs aperçue au hasard d'une promenade. J'aime observer les formes, les matières, les détails, et découvrir des rapprochements auxquels je n'aurais pas pensé.
Je garde beaucoup de ces images en mémoire, sans chercher à les classer ni à les utiliser. Elles se mêlent, s'éloignent, ressurgissent parfois.
Lorsque je peins, je ne consulte pas de modèles et je ne cherche pas à représenter un souvenir. Pourtant, tout ce que j'ai vu et aimé est là, quelque part. Je le retrouve parfois dans une couleur, une forme ou un fragment de composition, comme une correspondance inattendue entre ma peinture et une image rencontrée des années auparavant.
Ce qui m'intéresse n'est pas de retrouver cette image, mais de voir apparaître quelque chose qui n'existait pas encore.
Faire exister une peinture
Lorsque je commence une peinture, je ne sais pas précisément ce qu'elle deviendra. Je n'ai ni sujet à représenter, ni image préalablement composée dans mon esprit.
J'avance en faisant.

Une couleur en appelle une autre, une forme en fait apparaître une nouvelle, et la composition se construit progressivement, au fil de mes choix et de mes hésitations.
Ce qui me passionne, c'est ce moment où des éléments qui semblaient indépendants commencent à former un ensemble.
Je peux passer beaucoup de temps à reprendre une couleur, déplacer un équilibre, recouvrir une partie de la toile ou chercher une forme différente.
Je ne cherche pas à appliquer des règles de composition ou d'harmonie, mais à trouver quelque chose qui me semble juste, selon mon propre regard.
Je ne cherche pas à raconter une histoire ni à délivrer un message particulier. Je voudrais avant tout parvenir à créer une peinture qui existe par elle-même, une image que je n'avais jamais vue et que je n'aurais pas pu imaginer avant de la peindre.
Les formes et la matière : une recherche en évolution
Je retrouve dans mes peintures des formes qui m'accompagnent depuis longtemps.
Des lignes courbes, des motifs qui se répètent, se prolongent ou se ramifient, des surfaces où les éléments semblent se multiplier.
J'ai souvent tendance à remplir l'espace, à faire cohabiter une multitude de formes et de couleurs. Certaines évoquent des végétaux, des algues ou des paysages aquatiques, sans que j'aie nécessairement cherché à les représenter.

J'aime que ces ressemblances restent ouvertes et que chacun puisse y reconnaître autre chose.
Il m'arrive pourtant de me méfier de ces formes qui me viennent trop facilement. Je les connais, je sais les faire apparaître, mais je ne veux pas qu'elles deviennent une habitude.
Je cherche à en inventer d'autres, à modifier leurs rapports, à découvrir des compositions qui m'éloignent de ce que j'ai déjà peint. Cette recherche avance lentement, d'une œuvre à l'autre, parfois presque imperceptiblement.
Le passage à l'acrylique sur toile a ouvert un nouveau champ d'expérimentation.
Mes premières toiles étaient marquées par une matière plus épaisse, des couches de peinture très présentes. Aujourd'hui, je m'intéresse davantage aux surfaces lisses, aux voiles colorés, aux transparences et aux superpositions fines.
Je retrouve parfois dans cette manière de travailler certaines qualités de l'aquarelle, tout en découvrant d'autres possibilités propres à l'acrylique.
Aujourd'hui, l'acrylique sur toile ouvre de nouvelles perspectives à ma recherche picturale. J'en explore progressivement les possibilités, avec le désir d'élargir mon vocabulaire plastique et de poursuivre l'élaboration de peintures que je ne sais pas encore imaginer.
Octobre 2026
Lucie Collot
Pour prolonger ces réflexions sur ma peinture, je vous invite à découvrir cette Lettre d'atelier, dans laquelle Mathieu m'interroge sur mon parcours, ce qui me pousse à continuer à peindre et les questions qui accompagnent mon quotidien d'artiste.



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